
Des traditions









© JC Déhan
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[DES TRADITIONS] est un voyage entre traditions et contemporanéité, où les univers se rencontrent et fusionnent dans un jeu de contraste et de symbiose. Les compositeurs et compositrices de ce programme partagent un ancrage dans la tradition, qu'ils revisitent librement : hommage aux maîtres passés, comme Bach chez Isang Yun et Dutilleux chez Bernard Cavanna, référence à des musiques orales avec Jérôme Combier, ou inspiration d'arts asiatiques comme la cérémonie du thé chez Catherine Kontz et le « ma » chez Keiko Harada.
Isang Yun, dans Pezzo Fantasioso, semble hanté par Bach, laissant l'instrumentation ouverte, à la manière de L'Art de la Fugue. Le trio 20° dans le Noir met en valeur ce contrepoint dense, où les lignes s'entrelacent sans qu'aucun instrument ne domine. La tierce, intervalle harmonieux, se fait tantôt proche, tantôt lointaine, suspendant la musique dans un flux changeant. Dans pour Geneviève et Henri, Bernard Cavanna convoque la mémoire à travers des collages fugaces : souvenirs d'une mélodie précédente (les disparus), échos des Métaboles de Dutilleux, et réminiscences de l'accord des Trois strophes sur le nom de Sacher. La pièce s'achève sur une tierce majeure, sol-si, clin d'œil aux initiales de Geneviève et Henri, figures chères au compositeur.
Third Ear Deaf II-b' de Keiko Harada, initialement composé pour shô et flûte à bec, explore ici les possibilités expressives de l'accordéon. Les instruments, même lorsqu'ils suivent des trajectoires différentes, restent connectés dans un dialogue attentif et corporel. La respiration, parfois amplifiée jusqu'à la percussion buccale, devient texture sonore, tandis que les silences révèlent le « ma », cet espace suspendu entre inspiration et expiration. Avec 4 1/2 Tatami, Catherine Kontz s'inspire de l'esthétique des salons de thé japonais, lieux de rassemblement social. La partition, conçue comme un plan de sol de 9 mètres carrés, guide la performeuse dans ses déplacements et déclenche des effets sonores. Le mouvement scénique participe ainsi directement à la construction musicale.
Enfin, Quatre danses du Massif central de Jérôme Combier revisitent le répertoire de Joseph Perrier. Ces mélodies d'inspiration populaire sont tantôt érodées par le temps, tantôt ranimées par des gestes corporels : percussions des pieds, frottements et frappes, à l'image de la Castelnau Mazurka qui retrouve l'énergie vive et communicative de la danse. Ainsi, le concert se déploie entre mémoire et présent, dans un dialogue vivant entre tradition et création.
Programme
| Pezzo fantasioso (1988) pour trio, 12’ | Isang Yun (1917-1995, Corée du Sud) |
| Pour Geneviève et Henri (G-H) (2012) pour violoncelle et accordéon, 7’ | Bernard Cavanna (*1951, France) |
| Third Ear deaf II-b’ (2002) pour flûte basse et accordéon, 9’ | Keiko Harada (*1968, Japon) |
| 41/2 Tatami (2023) pour flûte et installation | Catherine Kontz (*1976, Luxembourg) |
| Quelques danses du massif central (2020) pour trio, 15’ Commande de HowNow pour le Festival Musiques Démesurées | Jérôme Combier (*1971, France) |